Politique intérieure

2000

19 mai : Coup d’Etat de George SPEIGHT, homme d’affaires et fidjien de souche, contre le gouvernement travailliste de M. Mahendra CHAUDHRY (indo-fidjien). Intervention de l’Armée sous le commandement du Commodore BAINIMARAMA qui impose le couvre-feu, assure la direction d’un gouvernement intérimaire du 29 mai au 13 juillet 2000 et met en place le gouvernement civil intérimaire de M. Laisenia QARASE. Le Commodore échappe à un attentat.

2001-2005

Les élections d’août 2001 confirment M. QARASE dans ses fonctions de Premier ministre pour cinq ans. Le gouvernement QARASE prend durant sa législature des dispositions favorisant les fidjiens de souche, majoritaires dans le pays. Il s’efforce de faire passer, sans succès, des projets de loi :

- sur l’Unité et la réconciliation, censé régler les suites du coup d’Etat de 2000. M. QARASE, accusé par le Commodore BAINIMARAMA de vouloir amnistier les personnalités compromises dans le coup d’Etat de 2000, se trouve contraint de retirer les dispositions prévues à cet effet.

- sur l’extension au littoral et eaux adjacentes des coutumes traditionnelles régissant l’usage du sol (loi QOLIQOLI)

- sur la création de tribunaux spécialisés en matière de différends fonciers et coutumiers.
La discussion et l’adoption de ces projets de loi controversés sont finalement reportées après les élections.

2006

Les élections se tiennent du 6 au 13 mai sous le contrôle d’observateurs internationaux. Qualifiées d’équitables par les observateurs européens malgré quelques difficultés constatées dans l’ouverture des listes électorales à des indo-fidjiens, elles reconduisent M. QARASE dans ses fonctions de Premier ministre. Celui-ci met en place pour la première fois dans l’histoire du pays un gouvernement multipartite, comprenant sept ministres originaires du parti travailliste. Le gouvernement poursuit sa politique pro-fidjienne, relançant la discussion au Parlement de ses projets de loi. Le Commodore BAINIMARAMA élève contre eux des critiques en les jugeant contraires à la modernisation de la société fidjienne et sources de tensions entre les communautés. Cédant aux injonctions du Commodore, M. QARASE renonce aux dispositions les plus contestées. Le Commodore poursuit cependant ses pressions, arguant de la corruption du gouvernement et appelle au « nettoyage des institutions ».
D’octobre à décembre 2006, plusieurs tentatives de médiation entre les deux hommes échouent , en particulier celle conduite sous les auspices de la Nouvelle-Zélande à Wellington fin novembre 2006 et celle conduite par le Grand Conseil des Chefs, autorité morale du pays.

Le coup d’Etat du 5 décembre 2006

Le Commodore arguant du « principe de nécessité » déclare l’Etat d’urgence, destitue le Président de la République M. ILOILO (âgé de 88 ans) et, en application de l’article 109/1 de la constitution, démet le Premier ministre qu’il place sous résidence surveillée. Il lance sa campagne de « nettoyage » et désigne le 6 décembre le Dr Jona SENILAGAKALI au poste de Premier ministre intérimaire. Il dissout concomitamment le Parlement.

4 janvier 2007

Le Commodore réinstalle M. ILOILO dans ses fonctions de Président, lequel le nomme Premier ministre intérimaire le même jour, avec charge de nommer un gouvernement, assurer la gestion du pays, lutter contre la corruption et restaurer la démocratie.

9 janvier 2007

Le Commodore, outre ses fonctions de Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et de l’Information, garde celles de chef d’Etat-Major des Armées. Il nomme un gouvernement de 14 ministres, avec, aux finances, M. CHAUDHRY, qui s’engagent à ne pas se présenter aux prochaines élections dont la tenue n’est d’ailleurs pas confirmée.

Réactions au coup d’état du 5 décembre 2006 :

Mesures internationales :

Elles se sont mises en place très rapidement. Les principaux donateurs (Australie, Nouvelle-Zélande, Union Européenne, en particulier la France et le Royaume-Uni) sont sur la même ligne : arrêt de la coopération militaire, revue des coopérations non destinées à la population fidjienne, qui ne doit pas être pénalisée.
La participation des troupes fidjiennes aux OMP de l’ONU n’est pas, pour l’heure, suspendue.

Forum des Iles du Pacifique

Le Forum prend l’initiative d’un dialogue constructif avec le gouvernement intérimaire des Iles Fidji. Les Ministres des Affaires Etrangères du Forum adoptent à Port-Vila le 16 mars 2007 un rapport du Groupe des Personnalités Eminentes. Intransigeant sur les principes, ce rapport rappelle l’inconstitutionnalité du coup d’état, et propose des voies (modalités et délais) à mettre en œuvre pour un retour à la démocratie :

- Retour des Forces Armées fidjiennes dans leurs cantonnements / relève du Premier Ministre intérimaire, chef d’Etat Major des Armées par une personnalité civile / levée de l’état d’urgence

- Maintien de la constitution de 1997 / en l’absence de Parlement, gouvernement par décrets sur des sujets limités / respect des obligations régionales et internationales de Fidji

- Arrêt des interventions dans le judiciaire / réinstallation du Président de la Cour Suprême / respect des décisions de justice/ libre accès des citoyens à la justice

- Etablissement d’un échéancier pour des élections générales dans un délai de 18 à 24 mois

- Déconnexion du processus électoral de la campagne anti-corruption menée par le gouvernement intérimaire

- Fin des atteintes aux droits de l’homme.

En soutien aux dispositions prises par les autorités fidjiennes pour un retour à la démocratie, le Forum pourrait fournir aux Iles Fidji un support financier et technique pour la mise en place du processus électoral, l’établissement d’une cellule anti-corruption crédible et indépendante, la restauration d’un système judiciaire indépendant.

Dans l’esprit du Forum, cette feuille de route de retour à la démocratie devrait s’accompagner d’une politique de réduction des sanctions de la communauté internationale en fonction de la bonne exécution des différentes étapes du processus arrêté.
Le Forum mandate un groupe d’expert indépendant chargé d’étudier la faisabilité d’un processus électoral dans les meilleurs délais. Menée du 14 au 25 mai 2007, cette étude conclut à la faisabilité du processus qui permettra de tenir des élections générales au premier trimestre 2009, conforme aux voeux de la communauté internationale et répondant à l’exigence des autorités intérimaires fidjiennes de révisions des listes et circonscriptions électorales suite à un recensement qui s’effectuera en septembre 2007.

Mesures européennes :

Des consultations sont engagées le 18 avril 2007 à Bruxelles avec les autorités fidjiennes, dans le cadre de l’article 96 de l’accord de Cotonou, suite à la violation des éléments essentiels de l’accord et en particulier du respect de l’Etat de droit. Cette procédure, d’une durée maximale de 60 jours, a vocation à définir des « mesures appropriées » pouvant aller jusqu’à une suspension partielle de l’aide communautaire. L’objectif porte sur la définition de mesures transitoires destinées à appuyer la normalisation de la situation politique. Les autorités fidjiennes s’engagent sur un ensemble de mesures pour un retour à la démocratie : 13 points figurent dans l’accord intervenu regroupées sous quatre chapitres consacrés respectivement au respect de principes démocratiques (A), à l’état de droit (B), aux droits de la personne (C) et la mise en œuvre des engagements (D).

Premier effets des pressions internationales

Le gouvernement intérimaire fidjien a levé l’état d’urgence le 31 mai dernier puis annoncé, le 19 juin, son accord pour que des élections aient lieu au premier trimestre 2009 selon le calendrier proposé par le rapport d’experts indépendants du Forum.
Les menaces ou intimidations à l’égard des média et des relais d’opinion ont diminué sensiblement après les engagements pris le18 avril (dans le cadre du point B de l’accord).

En Bref

Les Iles Fidji, qui ont connu quatre coups d’Etat depuis 1987, ont souffert d’une instabilité politique chronique due, notamment, à la spécificité de la société fidjienne, composée d’une population fidjienne de souche mélanésienne (61%), dont l’organisation sociale repose sur un système traditionnel de chefferies, et de la population indo-fidjienne (38 %).

Le coup d’Etat de décembre 2006 mené par le Contre-amiral Bainimarama, chef d’Etat-major des forces armées, a été condamné par la communauté internationale dans son ensemble. Le Commonwealth et le Forum des Iles du Pacifique (à l’initiative de l’Australie et la Nouvelle-Zélande en particulier) ont suspendu la participation de Fidji à leur enceinte en 2009.

Une nouvelle Constitution a été adoptée en septembre 2013. Celle-ci met en place une république parlementaire comportant 50 membres élus pour 4 ans. Elle octroie des compétences élargies au Premier ministre. Celui-ci sera le chef du parti politique ayant recueilli plus de 50% des voix aux élections. Le Président de la République conserve un rôle honorifique.

Les élections législatives se sont tenues le 17 septembre dernier. 7 partis politiques étaient en lice, dont Fiji First, le parti du Premier ministre M. Voreqe Bainimarama, après sa démission de son poste de commandant en chef des forces armées en mars 2014.

Les élections ont été marquées par une forte mobilisation des électeurs (près de 80% de participation). Elles ont été remportées par Fiji First, qui a recueilli près de 60% des voix (32 élus sur 50).

Dernière modification : 25/05/2016

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